La machine d’Anticythère

Il y a plus de 2000 ans, un extraordinaire mécanisme était inventé en Grèce. Véritable témoin du savoir scientifique que possédaient les penseurs de l’antiquité, l’objet que l’on nomme aujourd’hui la machine d’Anticythère permettait d’étudier et d’anticiper avec une incroyable précision les mouvements des astres, que ce soit la lune ou le soleil. Retrouvé au début des années 1900, l’objet ne cesse depuis de fasciner et de faire l’objet de recherches scientifiques.

Contexte

C’est en 1900, près de l’île grecque d’Anticythère, située entre Cythère et la Crète, que des pêcheurs grecs découvrent l’épave d’une galère romaine, chargée de trésors. Il sera estimé par la suite que cette galère a fait naufrage aux environs de l’an 80 av. J.-C. Les pêcheurs y trouvent de nombreux objets et reliques antiques, dont une statue d’un éphèbe en bronze, chef d’œuvre sculpté par les Grecs vers 340 av. J.-C. Après plusieurs recherches, l’archéologue Valérios Stais remarque que l’’une des pièces en bronze rapportées, d’une vingtaine de centimètres de hauteur et qui se fragmente en trois principaux morceaux à sa sortie de l’eau, contient des engrenages incrustés. Les études montreront ensuite qu’il s’agit d’un mécanisme oxydé.

Ce mécanisme attirera la curiosité de nombreux chercheurs tout au long du 20ème siècle, qui viennent étudier la pièce au musée d’Athènes. Dès 1905, le chercheur Albert Rehm postule que la fonction du mécanisme est d’étudier les astres. Ceci sera confirmé environ 50 ans plus tard.

Utilité et fonctionnement

C’est à partir des années 2000 que l’étude du mécanisme prend un nouveau tournant, principalement grâce aux nouvelles technologies. En utilisant un scanner à rayons X, les chercheurs parviennent à reconstituer l’objet en trois dimensions, avec une grande précision.

Cette reconstitution révèle alors un mécanisme de rouages (avec plus de trente roues dentées !) incroyablement complexe, et jamais vu jusqu’alors pour un objet datant de cette époque. L’imagerie permet également de découvrir des inscriptions sur l’objet, dont certaines se rapprochent d’une sorte de mode d’emploi. Celui-ci présente des indications (plus de 2200 lettres grecques) sur les roues dentées et sur les phénomènes astrologiques. Grâce aux formes des lettres et au vocabulaire utilisé, on date la machine aux alentours de 100 av. J.-C.

La machine semblait fonctionner comme ceci : emboitée dans un cadre rectangulaire, elle permettait à son utilisateur de visualiser des données sur des cadrans disposés sur deux faces du boitier, le tout grâce à une manivelle présente sur le côté, qu’il faisait tourner. Sur la face avant, un cadran représente les 365 jours du calendrier égyptien, et deux autres montrent les positions de la Lune et du Soleil. À l’arrière, deux cadrans représentaient les calendriers utilisés pour prédire les éclipses lunaires et solaires.

L’utilité de la machine : faire correspondre entre eux les différents cycles des astres. Par exemple, en tournant la manivelle pour régler l’aiguille d’un des cadrans sur le jour souhaité, l’utilisateur pouvait voir sur les autres cadrans la correspondance avec les positions lunaires et solaires. Inversement, il pouvait régler le mécanisme sur une position d’éclipse et prédire à quel jour celle-ci correspondait. D’ailleurs, le cadran lié aux cycle lunaire tenait aussi compte des Jeux Olympiques de l’époque, et l’on pouvait ainsi les faire correspondre aux autres cycles.

Une prouesse technique inattendue  

Il est important de se rendre compte qu’un tel système relève d’une prouesse scientifique exceptionnelle pour l’époque, et qu’il suscite de nombreux mystères, qui expliquent les recherches scientifiques toujours nombreuses à son sujet. En effet, être capable, à travers un mécanisme de plus de 30 roues dentées, de faire correspondre autant de mouvements d’astres aux trajectoires différentes (qui plus est non circulaires) montre que les créateurs de la machine d’Anticythère étaient capables de calculs mathématiques différentiels incroyablement complexes, par rapport à ce que les scientifiques leur attribuaient auparavant. De plus, mettre en pratique ces connaissances en créant ce système mécanique d’une vingtaine de centimètres seulement à travers des engrenages si petits relève de l’exploit. Au final, la machine d’Anticythère recèle encore une part de mystère, de par son incroyable ingéniosité. Les chercheurs ne sont pas encore capables de prouver qui en est le créateur (bien que certains noms reviennent, comme Archimède, Hipparque ou Posidonios) ni où elle a été créée. En tout cas, cette découverte est probablement l’une des plus importantes preuves de la technologie dont étaient capables les Grecs, et est peut-être le premier calculateur analogique jamais créé.

Laisser un commentaire